Anne Fornier, la volcanologue humaniste

Annecy: Anne Fornier, la volcanologue humaniste

PUBLIÉ LE 02/08/2019

FLORIAN POTTIEZ

Depuis une vingtaine d’années, Anne Fornier sillonne les cinq continents pour étudier les volcans. Cette volcanologue annécienne s’intéresse surtout aux populations vivant à proximité de ces zones à risques. Elle veut leur apporter son aide via la fondation Volcano Active.

À la fin des années 1980, un spot publicitaire pour une eau minérale naturelle scandait à la télévision : « Un volcan s’éteint, un être s’éveille ». Trente ans plus tard, Anne Fornier apporte la correction suivante : « Un volcan n’est pas éteint ». En revanche, son côté « humaniste » serait d’accord avec la seconde partie du slogan.

Car c’est bien dans ce but-là – « prévenir des dangers et améliorer la qualité de vie des habitants vivant près d’un volcan » – que la Poisilienne a lancé, il y a quelques mois, sa fondation Volcano Active. Dans le monde, 500 millions de personnes résident dans ces zones à risque. « On ne prend pas assez en compte la population qui vit dans ces régions-là », regrette Anne.

« C’est comme une mission »

République démocratique du Congo, Éthiopie, Mexique, Italie, Espagne… Partout où la Terre peut se mettre en colère, Anne n’est jamais bien loin pour apporter son aide. « La peur, je ne l’ai pas. C’est un peu comme les reporters de guerre, on est dans une mission », explique-t-elle.

Pourtant, l’ancienne lycéenne de Gabriel-Fauré a assisté à une trentaine d’éruptions volcaniques. La première fois, c’était au Piton de la Fournaise, à la Réunion. Elle avait 20 ans. « Il y a ce son de la Terre qui vous prend, cette odeur, ces belles coulées de lave, se souvient-elle. C’est une force de la nature que personne ne peut arrêter. On a le sentiment de se sentir rien. Il faut rester humble, comme à la montagne ».

Anne Fornier pourrait parler des volcans pendant des heures tant on la sent investi. De « la fertilité des terres des volcans » aux « supers volcans » du type Yellowstone, en passant par l’impact d’une éruption sur le trafic aérien ou sur l’agriculture environnante.

Mais sa préoccupation se recentre vite sur l’être humain. Et ses pensées vont, lors de l’entretien par webcam, au peuple vivant près du Nyiragongo, un volcan congolais à proximité d’un lac de lave permanente, une rareté au monde.

Volcano Active Foundation

Aujourd’hui, Volcano Active Foundation est structurée autour de trois piliers forts.

Le premier est scientifique. « Il faut donner les moyens aux scientifiques locaux de les former, impliquer les citoyens afin de leur permettre de collecter des données, explique Anne. Il faut savoir que 60 % des volcans n’ont pas d’appareils de surveillance ». La volcanologue cite l’exemple de la Bolivie avec ses 11 volcans actifs mais « pas d’observatoire ».

Le second volet porte sur la création de géoparcs. « Chaque volcan a quelque chose de spécifique. Il faut garder ce patrimoine immatériel, créer une économie viable et durable ».

Quant au troisième axe, il s’intitule Volcano School. Traduction de la dirigeante de la fondation dont le siège est basé à Barcelone : « On veut sensibiliser les enfants dans les écoles afin qu’ils soient porteurs d’un message de prévention ». Surtout à l’heure du changement climatique perceptible aux yeux de tous mais pas à ceux des politiques. Anne envisage aussi, dans les prochains mois, d’ouvrir « la première université de volcanologie au monde », en Éthiopie.

Disciple d’Haroun Tazieff

Diplômée de l’université de Lyon en géophysique et sismologie, Anne n’a pas attendu d’être guide scientifique, spécialisée éruption, dans une agence de voyages pour se prendre de passion pour les volcans.

En fait, celle-ci remonte, sans le savoir à l’époque, à son enfance. « J’avais cinq ans quand j’ai rencontré Haroun Tazieff, le célèbre volcanologue. C’était lors d’une conférence à Bonlieu », se rappelle cette femme aux longs cheveux blonds, aujourd’hui âgée de 41 ans.

Et ça, c’était bien avant le spot publicitaire diffusé à la télé pour une eau minérale naturelle.

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